
Assis à une table de métal bleu, un couple partage l’espace sans se regarder.
Elle, les doigts effleurant l’écran de son téléphone, les sourcils légèrement froncés, comme si le monde entier tenait dans ce rectangle lumineux.
Lui, derrière sa canette rouge consulte également son propre écran, semble tout aussi absorbé par une réalité virtuelle.
Entre eux, un silence aussi large que l’océan, et pourtant, aucun regard ne se croise, aucune parole ne s’échange.
Autour d’eux, la vie palpite, les rires étouffés des passants, le cliquetis des couverts sur les assiettes voisines, le bruit de la circulation sont comme des témoins muets.
Mais leurs yeux, eux, sont rivés ailleurs.
Et c’est là, peut-être, le paradoxe le plus frappant de notre époque.
On pourrait être à Paris, à Barcelone, à Montréal ou à Porto, peu importe.
Partout, les terrasses se transforment en archipels d’îlots solitaires, où chacun, malgré la proximité physique, navigue seul dans son propre univers.
Les écrans, ces miroirs modernes, reflètent moins le monde qui nous entoure que celui que nous choisissons de voir.
Pourtant, il suffit de lever les yeux pour découvrir l’émerveillement du réel : l’architecture d’un bâtiment centenaire, le sourire d’une inconnue, ou simplement la présence silencieuse, mais précieuse, de celui ou celle qui partage notre table.
Alors, et si on osait, ne serait-ce qu’un instant, éteindre ces écrans pour allumer à nouveau le dialogue ?




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